Les Centres Agricoles de Services et Formation (ASTC) en Côte d’Ivoire : Modèle de développement d’une agriculture durable

L’un des avantages majeurs des Centres Agricoles de Services et Formation (ASTC) développés par Green2000, réside dans leur autonomie et leur pérennité. Chaque centre est soigneusement adapté à sa région d’accueil et offre aux exploitants une gamme de services adaptés aux pratiques agricoles locales, que ce soit dans les secteurs de la culture maraîchère, des grandes cultures, de la riziculture, de l’arboriculture fruitière, de la production laitière ou d’autres secteurs clés.

L’une des caractéristiques distinctives de chaque ASTC, est son Projet d’Agriculture Commerciale (PAC) indépendant. Le type d’activité sélectionné pour chaque PAC est déterminé par les conditions de culture locales et les besoins du marché, garantissant une rentabilité suffisante pour soutenir les activités de l’ASTC. Il est important de noter que ces projets ne sont aucunement conçus pour concurrencer ni nuire aux intérêts des petits exploitants agricoles. À titre d’exemple, dans une région avec un marché limité, et des activités déjà présentes de culture de tomates ou d’oignons par les agriculteurs locaux, l’ASTC se défendrait de ne pas créer d’activité concurrente. Le choix se portait plutôt sur une activité commerciale complémentaire, garantissant ainsi sa viabilité sans compromettre les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles environnants. Le principe de gestion reste identique pour chaque ASTC : accompagner, former et améliorer les performances et la rentabilité des petits exploitants agricoles.

ASTC à Guiembe

Le plus grand défi de mise en œuvre du modèle d’ASTC réside dans l’ordre managérial plutôt que celui technique. Chaque centre fonctionne en tant que pôle d’infrastructures publiques, exigeant une gestion d’une qualité exceptionnelle. La gestion d’un ASTC exige un équilibre délicat : d’une part, la fourniture des séances de formation, des intrants et des services aux petits exploitants agricoles, et d’autre part, la gestion des projets commerciaux rentables au niveau du secteur privé. Cette double responsabilité – impact social et durabilité commerciale – exige un leadership à la fois visionnaire et pragmatique.

ASTC à Kong

L’initiative de Green2000 en Côte d’Ivoire est unique par sa portée, car le développement simultané de quatre projets d’ASTC distincts dans différentes régions du pays est une première. Si la gamme de services offerts par chaque ASTC est globalement similaire, des ajustements mineurs reflètent les réalités locales, notamment dans les zones avec la riziculture comme activité dominante. Les principales différences entre les quatre projets résident dans les composantes commerciales (PAC) choisies pour chaque site. Celles-ci comprennent :

  • Aquaculture, avec une capacité de production annuelle de 700 tonnes.
  • Culture de Champignons, production de deux tonnes par semaine.
  • Aviculture, avec une production de 20.000 œufs par jour.
  • Production maraîchère en serre, assurer un approvisionnement régulier et diversifié en produits frais à Abidjan, à longueur d’année.
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Le marché local ivoirien ne dispose guère des capacités d’absorption de ces volumes de production ; cependant, leur succès dépend en fin de compte d’une gestion efficace et de systèmes de commercialisation bien structurés. Si chaque ASTC fonctionne en tant qu’entité indépendante, la création d’un réseau régional ou national coordonné est également possible. Un tel système intégré pourrait renforcer considérablement la résilience agricole en Côte d’Ivoire et apporter un soutien cohérent aux petits exploitants agricoles à travers le pays.

Les années à venir montreront si le gouvernement ivoirien est en mesure d’exploiter ces quatre infrastructures d’ASTC au bénéfice plus large des petits exploitants agricoles et du secteur agricole national, et peut-être même de procéder à son extension. Le défi est de taille, mais tout à fait réalisable. L’alternative, s’agissant de laisser les petits exploitants agricoles lutter seuls contre la pauvreté et les difficultés de pérennisation de l’agriculture, n’est ni viable ni souhaitable. Avec une gestion adéquate et l’engagement du gouvernement, le modèle d’ASTC pourrait devenir la pierre angulaire du développement de  l’agriculture durable en Côte d’Ivoire.

ASTC à Zikisso

Renforcer la durabilité par l’innovation logistique et financière

Au-delà de la gouvernance opérationnelle, la longévité des ASTC passe par des investissements ciblés dans des services complémentaires rarement abordés : la création d’espaces de stockage réfrigéré, la mise en place de plateformes de valorisation post-récolte, traçabilité et chaîne logistique et le développement de filières de transformation locale. Ces leviers réduisent les pertes après récolte, améliorent la qualité des produits et ouvrent de nouvelles opportunités de valorisation (conserves, conditionnement, ingrédients agro-industriels). L’intégration de pratiques d’économie circulaire — compostage des résidus, réutilisation des eaux de lavage et valorisation des coproduits — peut aussi générer des revenus additionnels tout en limitant l’empreinte environnementale. Enfin, l’adoption de solutions de mécanisation légère et d’irrigation goutte-à-goutte adaptées aux petites exploitations permet d’optimiser les rendements sans imposer des coûts fixes prohibitif.

Pour assurer le passage à l’échelle, il est nécessaire d’élaborer des montages financiers innovants : fonds rotatifs, microcrédit agricole, et instruments d’assurance indexée contre les aléas climatiques peuvent sécuriser les revenus des exploitants et rendre les PAC plus attractifs pour des partenaires financiers. Parallèlement, le recours à des outils numériques de suivi (cartographie parcellaire, télédétection, tableaux de bord d’indicateurs de performance) facilite le pilotage et la transparence, favorisant la confiance des acteurs et l’accès aux marchés exigeants. Un focus sur l’inclusion des jeunes et des femmes via des parcours d’entrepreneuriat rural et des incubateurs locaux peut accélérer l’innovation et assurer une relève durable. En combinant logistique, financement et technologies légères, les ASTC gagneront en résilience opérationnelle et en impact socio-économique, préparant ainsi le terrain pour une diffusion maîtrisée du modèle à l’échelle régionale.

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